Ma dernière cornette

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Témoignage de M. Maresia lors des obsèques de soeur Irene

MA DERNIERE CORNETTE S’EST ENVOLEE … et avec elle, tous mes souvenirs avec les Soeurs de Charité et l’Hôpital de la Paix sont remontés à la surface de ma vieille mémoire. Jamais nom (Irène signifie PAIX en langue grecque) ne fut mieux choisi pour celle qui devait se dépenser dans ce grand hôpital, fleuron des Filles de la Charité à Istanbul.

« Onoma ke hari » auraient dit les grecs. J’avais 24 ans quand je la rencontrai pour la première fois. Elle venait pour faire sa retraite annuelle à Bebek, dans la propriété de cet orphelinat qui m’a valu tant de nuits blanches, de voyages, de procès, d’espoirs et de déceptions. Mais ceci est une autre histoire, oubliée maintenant…..

Quand nous entrâmes avec ma femme ce Vendredi 19 Octobre, en étrangers cette fois-ci, dans ce qui fut durant de longues années un peu notre maison, pour saluer une dernière fois Soeur Irène, je crus la voir dans le corridor toujours souriante, disponible et infatigable comme lorsque je la croisais quand j’allais rencontrer les Soeurs servantes (à l’époque on disait Soeur supérieure). Pour moi, elle était indissociable de l’Hôpital de la Paix. Je ne peux m’imaginer celui-ci sans elle. Elle représentait ma dernière référence chez les Filles de la Charité avec lesquelles, comme j’ai eu l’occasion de l’écrire, j’ai parcouru un bon bout du chemin de ma vie. Ce cercueil, au milieu de la Chapelle tant de fois modifiée, emportait tous mes souvenirs. Oui, Les temps ont changé et je ne veux plus penser aux grandes dames de la Charité que furent Soeur Rigal et Soeur Marie Louise pour ne citer que ces deux avec lesquelles j’ai partagé des moments douloureux. Non, je ne veux plus penser au terrain de volley où j’allais m’entraîner les samedis à La Paix, au Père Espinasse, lazariste et dernier aumônier en titre de la Communauté des Soeurs de la Paix, à Mr et Mme Mizzi, à Mlle Eva, à Mme Azzopardi et à tant d’autres pensionnaires qui finirent leur jours dans cet hôpital, à la fondation des Amis de la Paix dont je fus un des promoteurs, à la grande soirée de gala que nous organisâmes pour récolter des fonds, à la salle de théâtre aujourd’hui disparue où jouait avec brio Mr. Benoit dont le fils mourut tragiquement, à Pepo le cuisinier, à Mr Pascal, à Mr Léon, aux frères Marovitch, à Mr. Doro qui passèrent tous par l’Hôpital de la Paix, à la disponibilité des Soeurs qui ouvraient toutes grandes leurs portes pour nous permettre de faire du théâtre avec le Lectorado de Español et des kermesses au profit des jeunes. Non, je ne veux plus penser à tout cela car je serais trop triste. Je voudrais effacer tous ces souvenirs qui se sont bousculés dans ma mémoire au cours de cette Messe. Ce fut, en fait, une Messe d’action de grâces, une Eucharistie, car je ne crois pas me tromper en disant que tous, au lieu de pleurer le départ d’un être cher, nous avons remercié le Seigneur de nous avoir permis de connaître une vocation sans faille telle que celle de Soeur Irène partie de son île grecque pour venir servir durant 56 ans en Turquie les moins gâtés dans la vie. Merci, Soeur Irène, pour votre présence souriante qui demeurera le meilleur témoignage auprès de ceux qui ne partagent pas notre foi et qui vous ont côtoyée. Mission accomplie. Vous n’auriez pas pu faire DAVANTAGE comme le voulait sur son lit de mort St. Vincent de Paul si exigeant pour lui-même.