Hommages au Dr Remi Russbach

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remi-russbachEn hommage au Docteur Rémi Russbach
Cathédrale Saint-Pierre
2 novembre 2016

Cher Bruno, chère Martine, chère Antoinette, cher Gilbert
Chers parents et amis du docteur Rémi Russbach,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

Au nom du Comité international de la Croix-Rouge, je tiens avant toute chose à rendre hommage à l’engagement et à l’action du docteur Rémi Russbach.
C’était un homme de terrain, un homme de principes et un fidèle serviteur de l’institution, mais plus encore des victimes de la guerre auxquelles le CICR a pour vocation d’apporter aide et protection.

Lorsqu’il est pressenti pour le poste de chef de la Division médicale – une division qu’il faut créer à partir de rien – son premier souci est de s’assurer que cette importante responsabilité au siège du CICR ne lui interdira pas de continuer à se rendre sur le terrain et de continuer à visiter des prisons, car le contact avec le terrain et avec les captifs lui paraissait la meilleure garantie de garder le cap qui doit guider tout serviteur du CICR.
Homme de terrain, le docteur Russbach effectue sa première mission en Grèce en 1969. En effet, à la suite de longues négociations, le CICR a obtenu l’autorisation de visiter les prisons et les camps d’internement où le régime des colonels a enfermé plusieurs milliers d’opposants ou de simples suspects, notamment sur les îlots arides de Gioura et Makronissos. C’est dans ce contact avec les victimes de la violence des hommes que le docteur Russbach trouvera sa véritable vocation. Il enchaîne avec plusieurs missions dans des pays ravagés par la guerre : Vietnam, Inde, Indonésie, Angola, Liban, etc.
En octobre 1977, il est nommé chef de la Division médicale, mais cette division n’existe pas – ou pas encore. Tout est à créer. Il faut recruter une équipe de médecins, d’infirmières et d’infirmiers, prêts à s’engager dans la durée au service du CICR, leur donner une formation en chirurgie de guerre et assurer leur encadrement, effectuer les missions d’exploration qui permettront d’identifier les besoins et les possibilités d’action, soutenir les équipes médicales déployées sur le théâtre des conflits, y compris celles qui ont été mises à disposition du CICR par des Sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge, créer un système d’assortiments standardisés permettant d’accélérer l’envoi, la distribution et l’utilisation des secours médicaux de première urgence, développer les activités orthopédiques en vue d’équiper de prothèses les invalides de guerre.

En quelques mois, le docteur Russbach est parvenu à constituer un authentique service de santé spécialisé dans la médecine de guerre et dont la crédibilité médicale et opérationnelle est reconnue et respectée aussi bien à l’intérieur du CICR que par les autres acteurs humanitaires et les États. Il a restauré la crédibilité du CICR dans le domaine de la santé et, surtout, il a créé un instrument qui a permis de donner des soins de qualité à des centaines de milliers de blessés de guerre – militaires ou civils – en Afrique, en Asie, en Amérique latine, en Europe et au Moyen-Orient.
Pour citer un seul chiffre, les ateliers orthopédiques du CICR ont fourni des prothèses et assuré la rééducation de plus de 100’000 invalides de guerre. La moitié au moins avaient été victimes de mines antipersonnel. C’est d’ailleurs la crédibilité du CICR dans le domaine de la chirurgie de guerre et de la réhabilitation des invalides qui lui a permis de peser de tout son poids dans la négociation de la Convention d’Ottawa, qui interdit l’usage des mines antipersonnel, une question qui tenait tout particulièrement à cœur au docteur Russbach. En effet, il avait pu mesurer dans les hôpitaux du CICR les ravages provoqués par ces armes cruelles et lâches.
En 1994, un grave accident de santé devait contraindre le docteur Russbach à mettre un terme à son action au service du CICR, après 25 années consacrées à l’institution, dont 17 à la tête de la Division médicale, mais il n’en a pas moins poursuivi son engagement au service des victimes de la guerre. D’une part, il a continué à animer les Cours Help, qu’il avait créés en partenariat avec l’OMS et avec l’Université de Genève afin d’améliorer la formation des jeunes médecins en médecine des catastrophes. D’autre part, il a créé la « Geneva Foundation to Protect Health in War », qui avait pour objectif de mieux mesurer le coût humain de la guerre et de mieux évaluer l’impact de l’action humanitaire dans le domaine de la santé.
Ainsi, à travers son engagement de toute une vie, le docteur Russbach a contribué à professionnaliser l’action médicale du CICR et celle des autres acteurs humanitaires. Son action a constamment été guidée par le souci de prodiguer aux victimes de la guerre des soins médicaux de qualité. L’urgence, à ses yeux, ne pouvait être une excuse pour une médecine de second choix. Enfin, que ce soit au sein du CICR ou au-dehors, le docteur Russbach a toujours eu le souci du respect de l’éthique médicale. Comme médecin-chef du CICR il s’est fait le garant du respect de cette éthique au sein de l’institution.
En deux mots, toute l’action actuelle du CICR dans le domaine de la santé prend appui sur l’engagement et sur l’action du docteur Russbach et tous les membres de la Division médicale – médecins, infirmières, infirmiers, orthopédistes, pharmaciens – se retrouvent aujourd’hui en quelque sorte orphelins du fait du décès du docteur Russbach, qui a créé cette division et qui eut à cœur de veiller à la formation de ses collègues, de les encadrer et de les motiver, car il savait faire partager sa foi en l’idéal humanitaire, comme il savait accorder sa confiance et déléguer.

Cher Bruno, chère Martine, chère Antoinette, cher Gilbert,
Chers parents et amis du docteur Russbach,
Au nom du Comité international de la Croix-Rouge et, je crois pouvoir le dire, au nom de tous les collègues et anciens collègues réunis aujourd’hui pour honorer sa mémoire, je tiens à exprimer notre très vive gratitude pour l’action du docteur Rémi Russbach et à rendre hommage à son engagement sans faille, à ses motivations humanitaires, à son souci constant du respect des exigences éthiques de sa profession.
En ces heures douloureuses, permettez-moi aussi de vous faire part de mes chaleureux messages de sympathie et de condoléances.

Je vous remercie,

François Bugnion
Membre du Comité international
de la Croix-Rouge

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Cathédrale ST PIERRE GENEVE
2 NOVEMBRE 2016
HOMMAGE A MONSIEUR LE DOCTEUR REMI RUSSBACH

Aujourd’hui, c’est réellement notre ami, M. Remi Russbach qui nous réunit dans cette cathédrale, au cœur de cette vieille-ville, qu’il aimait et où il vivait depuis des années.

Il nous a quittés sans que nous ayons pu lui dire « au-revoir » et lui exprimer notre reconnaissance. Nous pouvons le faire ici, tout en exprimant à toute la famille de M. Russbach toute notre sympathie.

Depuis l’an 2000, M. le Dr Russbach était membre du Comité de l’Association des Amis de l’Hôpital de la Paix à Istanbul, un hôpital psychiatrique, à faire vivre et revivre dans un contexte politique et culturel qui n’est pas le nôtre!
C’est donc au nom de ce Comité que je m’exprime.
Notre Association a eu la chance de connaître M. Russbach, un homme profondément bon et sensible à tout ce qui touche à l’humain. Nous croyons que, pour lui, « humain et divin », se rejoignaient sur tous les terrains où il a œuvré.
Mandaté par les sœurs de St Vincent de Paul de Suisse, il s’est rendu de nombreuses fois à Istanbul où il retrouvait la communauté des Sœurs présente dans l’Hôpital.
Dans cette collaboration Suisse-Turquie, il
était un relais sûr et compétent auprès de la Direction de l’Hôpital, du Personnel médical et du personnel soignant.

Il se préoccupait toujours de la qualité des soins, de la formation du personnel. Son expérience et ses compétences lui permettaient d’entretenir avec les médecins une relation de confiance.
Dans les rapports de ses visites à l’Hôpital, nous avons apprécié son regard critique mais aussi positif, ses encouragements, sa clairvoyance, sa capacité de discernement et sa petite touche d’humour qui relativisait les situations les plus problématiques.

« Faire d’une catastrophe, une spécialité pour apporter des améliorations » nous avait-il dit!

Lors des séances du Comité, il était fidèle à nous rappeler notre Mission à l’Hôpital de la Paix, à savoir en particulier, l’accueil désintéressé des plus démunis, des malades chroniques sans famille et sans ressource. Dans cet accueil, il y voyait toute l’importance du témoignage empreint d’humanité et du respect envers de toute personne.
Avec lui, depuis l’an 2000, nous avons cheminé pas à pas, pour faire évoluer l’Hôpital, dans un contexte difficile. Il nous a aidé, nous l’avons apprécié, il va nous manquer…ce jour nous lui exprimons notre profonde reconnaissance.
Que tout ce que Rémi a semé, ne soit pas perdu, mais produise ces fruits de paix, pour laquelle il a travaillé, et dont notre monde a bien besoin.

Sr Louise Pittet, membre du comité.

Ce que j’avais écrit à Françoise et que je n’ai pas repris ici pour éviter des répétitions.
« Il laisse derrière lui un chemin lumineux. Il nous manquera. Il me semble déjà que La Paix est « orpheline » de ce médecin qui nous donnait de la sécurité, de la confiance, de l’encouragement, en plus de sa compétence et de son humour. »