Il y a une HISTOIRE DE VIE
que nous nous plaisons à rappeler dans ce site, afin de ne pas perdre ce
"livre" et que les Amis de la Paix connaissent la vie
extraordinaire d'une suissesse (neuchâteloise) qui a passé une grande partie
de sa vie en Turquie durant des années difficiles. En 1920, Louise RUEDIN est décorée de la LEGION D'HONNEUR
EN TURQUIE.
LOUISE RUEDIN est née à Corgémont dans le Jura bernois
en 1880 et a grandi à Fontainemelon (Suisse)
Dans sa jeunesse, elle rendait régulièrement visite aux malades de l’Hôpital de la Providence et décida
d'entrer dans la Communauté des Soeurs qui y travaillaient. Après avoir
été formée à Fribourg et à la Maison-Mère à Paris, elle devint Fille de la
Charité et fut envoyée en Turquie, plus précisément en Anatolie. Dans la
florissante ville d’Aydin, juifs, musulmans, chrétiens d’Europe ou
d’Arménie vivaient en relative harmonie. Les Sœurs de St-Vincent-de-Paul
avaient installé un dispensaire dans lequel tous étaient soignés sans
discrimination et elles dirigeaient une école qui jouissait d’une si bonne
réputation que les notables turcs n’hésitaient pas à y envoyer leurs
enfants. Louise - devenue Sœur Marie – était professeur de français et
d’allemand. Mais la déclaration de guerre en 1914 amena son cortège de
désolations. Isolées en Anatolie, les Sœurs d’Aydin furent menacées
d’expulsion, virent leurs meubles confisqués et leur école réquisitionnée.
Dans leurs salles de classe transformées en hôpital, Sœur Marie et ses
compagnes soignèrent des centaines des soldats turcs, malades ou blessés et,
lorsque la rougeole, puis le choléra décimèrent patients et population,
elles firent de leur mieux face aux fléaux, proches et médecins terrorisés
ayant presque tous déserté… Après avoir subi de nombreuses tribulations, les Sœurs
apprirent avec soulagement la fin de la guerre, mais quelques mois plus tard
le pire allait surgir. En juin 1919, trois gendarmes français furent envoyés
à Aydin pour protéger les deux dernières Sœurs encore en place. L’armée
grecque entra dans Aydin trois jours plus tard et fut reçue en vainqueur par
une partie de la population. Devant cette provocation, l’armée irrégulière
turque descendit des montagnes, fit irruption dans la ville et chassa les
soldats grecs. Ceux-ci se replièrent pour mieux revenir. Incendies de
maisons et massacres débutèrent parmi les civils. Devant la gravité des
événements, les gendarmes français décidèrent de fermer toutes les issues du
bâtiment, mais Sœur Marie s’y opposa. Nuit et jour, elle se tint devant
l’entrée principale du bâtiment, accueillant les vagues successives de
population prises au piège en raison des retournements de situation. Les
gens de tout bord affluèrent durant trois jours. Les cadavres jonchaient les
rues. Un gigantesque incendie, dévastant tout le sud de la ville, se
rapprochait inexorablement du couvent. Epaulée par ses gendarmes, Sœur Marie
veilla, acceptant tout le monde, séparant à l’intérieur les musulmans des
chrétiens, désarmant les soldats déserteurs qui désiraient trouver refuge
au couvent. Lorsque l’armée régulière turque reprit le contrôle de la ville,
les planchers des salles commençaient à céder sous le poids des réfugiés :
ils étaient plus de six mille !... sauvés d’une mort certaine. Soeur Marie
et Sœur Gabrielle confièrent leurs protégés aux autorités turques et
rejoignirent Smyrne (Izmir) sous bonne escorte.
Le 16 juillet 1919, Sœur Gabrielle Hoppi, Sœur Marie
Ruedin et les trois gendarmes français reçurent la CROIX DE GUERRE
HELLENIQUE.
Le 1er mars 1920, à la Providence de Galata
à Constantinople, le Cardinal Dubois de Rouen remit à Sœur Marie-Louise
Ruedin la décoration de la LEGION D'HONNEUR.
Après ces événements tragiques, Sœur Marie vécut à
Constantinople, Paris, Tunis, avant de revenir dans son pays natal, la
Suisse. Elle est décédée le 8 avril 1960.
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