L’union fait la force!

WebmasterArchives

Hôpital de la Paix

Congrégation • Les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul francophones d’Europe vont s’unir en une seule province. Un vent de réforme souffle sur la province de Suisse romande, qui s’occupe aussi de l’hôpital de la Paix, à Istanbul.

PASCAL FLEURY

Filles de la Charité: l’union fait la force!

D’ici à l’automne 2015, les Filles de la Charité francophones d’Europe vont unir leurs forces en une seule province. Cette nouvelle entité comprendra plus de 900 religieuses de Suisse, France, Belgique, Turquie et Grèce. «Cette importante restructuration s’est peu à peu imposée en raison du vieillissement des effectifs et du manque de vocations».

«Il s’agit de donner un nouveau souffle à nos communautés, de faire des économies de personnel dans la gestion, de faciliter le regroupement des sœurs pour la formation continue. Pour l’instant, nos structures sont encore viables, mais que se passera-t-il dans cinq ou dix ans? ll est important d’anticiper! Car au final, il s’agit bien de perpétuer le charisme de nos deux fondateurs, saint Vincent de Paul et sainte Louise de Marillac», souligne Sœur Madeleine.

Perte de proximité
A l’échelle mondiale, la congrégation au service des pauvres n’est pas en danger: elle compte encore 16 700 religieuses et 205 novices dans 95 pays. Mais en Occident, les baisses d’effectifs ont déjà contraint plusieurs pays à regrouper leurs provinces, par exemple en Italie, en Espagne et en Amérique du Nord.

Selon la responsable de la province Suisse-Turquie, qui achèvera son mandat l’an prochain, cette restructuration aura peu d’incidence auprès des sœurs sur le terrain, mais elle entraînera une «perte de proximité» avec les responsables de la Compagnie. «Il faudra évoluer dans notre façon de communiquer, passer davantage par Skype et internet», observe-t-elle.

Une évolution que ne craint toutefois pas Sœur Madeleine, qui est en contact constant avec ses consœurs de Turquie. Depuis 1998, en effet, la province suisse a été appelée à s’occuper des dépendances turques de la Compagnie. A l’époque, les Filles de la Charité comptaient encore quatre communautés au-delà du Bosphore, qui géraient deux lycées, un foyer pour enfants et l’hôpital de la Paix. Aujourd’hui, il ne reste plus que six sœurs à l’hôpital de la Paix. Les lycées ont une direction laïque et la maison d’enfants a fermé.

Tout un hôpital à gérer
L’hôpital psychiatrique, en revanche, est toujours en place. Fondé dans le contexte de la guerre de Crimée (1854), une période pendant laquelle les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul étaient fortement engagées au service des réfugiés, des blessés et des malades, cet établissement totalement privé est habilité à recevoir 150 patients. Le personnel soignant, fort d’une centaine de personnes, est entièrement turc.

«Notre hôpital a été le premier de Turquie à s’être spécialisé dans la psychiatrie aiguë et la psychogériatrie. Il a été un modèle du genre à l’époque dans le pays. Aujourd’hui, la concurrence est rude. Nous accueillons une centaine de patients, la plupart de condition modeste, dont une dizaine de malades entièrement à notre charge», fait remarquer Sœur Madeleine Saillard, qui accompagne l’institution gérée par un administrateur laïc depuis 2012.

L’hôpital ne reçoit aucune aide de l’Etat ni des assurances sociales. En revanche, il peut compter depuis 1999 sur la générosité d’une Association suisse des Amis de l’hôpital de la Paix. «La situation n’est pas toujours facile. Nous devons faire face à des exigences strictes de l’Etat en matière de personnel et d’infrastructures, et en même temps nous défendre dans un secteur toujours plus compétitif. En outre, notre terrain, qui se trouve dans le quartier des affaires, est très convoité», précise la provinciale, qui se rend quatre fois par an à Istanbul.

Activités romandes
Ces difficultés ne l’empêche pas d’être confiante: «Nos sœurs sont très aimées des patients et du personnel. Elles sont très engagées dans les services directs auprès des malades et à la Pharmacie

Un partenariat avec le lycée Sainte-Pulchérie existe depuis plusieurs années: des élèves rendent régulièrement visite aux malades de l’hôpital. En ville, les sœurs servent aussi régulièrement la soupe à des réfugiés syriens et s’occupent de leurs enfants.» Avec la création de la nouvelle province francophone, l’accompagnement de l’hôpital sera probablement différent. Mais les relations resteront étroites avec la communauté de Fribourg.

En Suisse romande, où vivent 35 Filles de la Charité, les activités de terrain ne devraient pas être touchées par la nouvelle structure faîtière internationale. Rappelons que les sœurs sont engagées dans diverses associations d’accueil et de rencontre, que ce soit à Genève au Caré (Caritas Accueil Rencontre) ou à l’Agora, à Neuchâtel à La Lanterne (aumônerie de rue), à Fribourg au Point d’Ancrage, à Table couvre-toi ou encore à Griselidis. Des sœurs accompagnent les résidents du home de La Providence en Basse-Ville de Fribourg et du Manoir à Givisiez, visitent les personnes âgées qui vivent seules à domicile, participent aux Conférences Saint-Vincent-de-Paul. Signe de leur engagement auprès des pauvres et des défavorisés dans le monde, les Filles de la Charité sont aussi représentées par une sœur à l’ONU, au Conseil des droits de l’homme, à Genève.